Léon-Paul Fargue
Astrologie poétique
Fata Morgana octobre 2018
ISBN 978.2.37792.010.5

C’est pour moi un immense plaisir d’annoncer la réédition aux éditions Fata Morgana (fée Morgane) de ce très beau livre illustré par Pierre Alechinsky du poète Léon-Paul Fargue. Publié la première fois en 1945 sous le titre « Une saison en astrologie » avec deux eaux-fortes, neuf bois originaux et vingt dessins de Démétrios Galanis puis, en 1947, dans une édition courante sous le titre « Les quat’saisons – Astrologie poétique » aux éditions de l’Astrolabe.

Cet ouvrage est un enchantement. Léon-Paul Fargue y déploie toute sa gamme arc-en-ciel pour porter à ses plus hauts sommets le verbe d’astrologie. Grinçant et inquiétant comme il savait l’être : « […] ne croyez pas que c’en est fait pour autant de l’Ombre inexorable qui vous hante et vous guide à chaque pas, lors même qu’elle semble vous suivre comme un chien. […] C’est alors qu’il est temps de vous ressouvenir de conte de nourrice qui berça l’enfance du monde : Voici l’éternelle Astrologie, à quoi beaucoup de sagesse vous ramène — si un peu de science vous en éloigne. Ainsi soit-il ! »

Ce livre témoigne d’une époque où l’astrologie, l’alchimie côtoyaient l’art, la littérature, la peinture… Le poète Max Jacob nous a aussi gratifiés d’un livre coécrit avec Claude Valence (Conrad Moricand) : « Miroir d’astrologie » pour les éditions Gallimard, à ma connaissance jamais réédité. Sans oublier le remarquable « Regarder l’heure » de Jean Suquet. Dans ce livre publié aux éditions de L’échoppe, Jean Suquet analyse le thème natal de Marcel Duchamp dont il est l’un des grands spécialistes.

Quoi de plus normal que les poètes étreignent la voûte céleste d’Uranie ! L’astrologie et la poésie se fondent dans un même creuset, celui de l’analogie. Comme je l’avais exprimé dans un texte intitulé « L’antre-ciel-éther » publié dans la revue surréaliste « Supérieur Inconnu » dirigée par Sarane Alexandrian : « […] Ces êtres qui atteignirent la poésie en visant l’existence ne sont-ils pas frères de ceux qui contemplèrent le ciel pour en comprendre le langage, en écouter la musique et en interpréter les messages ? Ces hommes “encielisés” scrutant la course des nuages et interprétant le vol des oiseaux pour entrer en vibration poétique avec l’univers. Ces hommes pour qui le Verbe des astres se fit révélation parce qu’ils entendirent en eux un murmure secret auquel ils se devaient de répondre. Et ces hommes devinrent le théâtre d’un ciel de chair et de sang avec par ordre d’apparition : Le Soleil gouverneur de la vitalité, du cœur et de l’œil droit ; la Lune : de l’enfance, de l’imaginaire et de l’œil gauche ; Mercure : de l’adolescence, de la mobilité et de l’intellect ; Vénus : de la beauté, de l’amour et des arts ; Mars : des élans, de l’énergie et de la force ; Jupiter : de l’orgueil, de la noblesse et de la générosité ; Saturne : du squelette, de la sagesse et du temps ; Uranus : des découvertes, de la révolte et de l’indépendance ; Neptune : des rêves, de l’idéalisme et de l’utopie. Pluton : de la métamorphose, des épreuves et de la mort. Le ciel composa/conjugua l’Homme lequel (re)devint l’antre-ciel-Ether. Uranie enfanta l’astrologie et poètes et astrologues ne formèrent plus qu’un. Et si le poète doit se faire voyant, selon l’injonction de Rimbaud, l’astrologue, de son côté, se doit d’être poète et de garder à hauteur d’envol la musicalité des sphères ».

Ce livre en est la magnifique expression.

Fabrice Pascaud