Astro-Culture : Myriam Bat-Yosef

Antiracisme (1980) Myriam Bat-Yosef

Préambule

Du 7 au 9 avril 2003 s’était tenue à Paris, à la salle des ventes de Drouot, une historique et importante vente aux enchères : la collection d’André Breton sise au 42, rue Fontaine à Paris. Ce fut un choc ! Aube Breton, la fille du poète, confrontée à la fois à des droits de succession exorbitants et au silence de l’État pour tenter de conserver ce lieu exceptionnel (le creuset du surréalisme) avait donc dû en passer par la vente à l’encan.
En réaction à cette nouvelle, j’avais rédigé un texte intitulé Le grimoire sans la formule que j’avais fait signer par des personnalités qui avaient côtoyé André Breton. C’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance de Myriam Bat-Yosef, artiste peintre et signataire du texte.
Nous nous rencontrions souvent dans son atelier parisien. Elle me montrait ses œuvres, me racontait la genèse de tel ou tel tableau, ses rencontres (Jacques Lacarrière, Krishnamurti, André Breton, Bona et André Pieyre de Mandiargues…)  Puis, un jour, après avoir lu mes textes, articles et poèmes, elle me demande à brûle-pourpoint : « J’aime votre univers et votre écriture. Accepteriez-vous de rédiger ma monographie ? » Sur le coup, j’ai refusé. Le projet m’apparaissait trop grand. Mais, à force d’échanges, séduit et intrigué par la richesse de son œuvre, par son implication totale dans sa démarche artistique que je qualifie d’holistique, j’ai accepté.
Ce fut une merveilleuse aventure humaine et artistique. Pas toujours facile car, parfois, j’ai dû bousculer les refus catégoriques de Myriam pour la convaincre d’insister plus sur une œuvre et moins sur une autre. Mon regard extérieur ne cadrait pas toujours avec la volonté initiale qui avait présidé à la création d’une œuvre, ce qui donnait lieu à de longues et passionnantes discussions entre nous.
La monographie a vu le jour en 2005 accompagnée d’un DVD : Myriam Bat-Yosef  Peintures – Objets – Performances. Somogy Editions d’art
À l’intérieur de cette monographie se trouve l’étude de son thème astrologique qu’elle m’avait demandé de réaliser. La voici ci-dessous. Cette étude s’inscrivant dans un livre d’art, j’ai dû adapter son contenu aux impératifs de ce type de publications puisque le lectorat principal n’est pas celui de l’astrologie.

Thème de Myriam Bat-Yosef

Lorsque Myriam Bat-Yosef déclare : Je veux surpasser le Dieu de la Bible qui a fait l’homme à son image en métamorphosant l’homme à l’image de mon art, comment ne pas voir à travers cette injonction l’éclat de son Soleil natal dans le signe du Verseau porté à son plus haut degré d’incandescence ? L’élan prométhéen propre à Uranus, astre du Verseau, trouve son incarnation des plus éblouissantes ! La vie entière de Myriam Bat-Yosef sera marquée de cette empreinte uranienne, et elle la portera par son œuvre à sa plus belle expression, notamment à travers la création d’objets auxquels elle a donné le nom de golems.

Thème astral de Myriam Bat-Yosef dessiné par elle-même

Vénus, astre de la beauté et des arts, gouverneur de son signe ascendant, Taureau, situé en Sagittaire en maison VIII, donne la nature de sa création qui n’aura de cesse de rivaliser avec la grandeur de Jupiter. La maison VIII, l’une des trois maisons occultes du zodiaque, lieu des transmutations gouverné par Pluton, colore son œuvre d’un érotisme voilé.
Uranus siège dans le signe du Bélier en maison XII et entretient une relation harmonieuse par sextil au Soleil. Cette configuration indique la puissance de sa détermination et de sa volonté de ne jamais se laisser enfermer dans ce que l’éducation nous donne comme valeur indiscutable. Ce besoin de résister à la tradition se traduit par le grand carré en T qui met en scène Uranus, Saturne, Mercure et Jupiter. La quête de sa toison d’or se module sous la dynamique uranienne et ne peut donc entraîner que des remises en question constantes dans sa vie et dans son œuvre.

Les racines

Le poids de l’histoire, du passé, symbolisé par Saturne, dieu du temps, se dresse comme un défi à relever afin d’exorciser l’angoissante question des origines et de l’enracinement. Myriam Bat-Yosef se sent juive d’âme, de sang, mais son approche universelle de l’homme en tant qu’être cosmique ne peut s’accommoder d’un quelconque nationalisme. Au travers de son œuvre, Myriam prône une « liberté couleur d’homme » (André Breton), désengagée de toute emprise idéologique et religieuse. Cela la conduira à devenir citoyenne du monde, répondant ainsi à la présence de Neptune en Vierge au sextil de la Lune en Cancer. Les deux eaux — matricielle pour la Lune et océanique pour Neptune — se mêlent. Mais les épreuves que l’histoire collective impose à l’homme l’entraînent parfois vers des récifs à partir desquels il doit impérativement reconstruire à la fois sa terre matérielle et sa terre intérieure.
L’axe maison IV (les racines, la mère…) maison X (le père, le social…) forme le point névralgique de son thème. Toute la gamme affective sensible se concentre dans ces lignes d’opposition.

Le père

Saturne et Mercure (astre de la communication et de l’intellect) se frôlent au zénith : la percée de l’espace du dedans se fonde sur une pensée qui creuse la pierre de son propre édifice.
Ce duo planétaire à la culmination marque la force de son père, mais aussi son absence. Pluton en maison IV s’oppose à son père Saturne et l’engloutit. Ce rapport au mythe se traduira dans la vie de Myriam par la disparition tragique de son père, alors qu’elle était âgée de cinq ans, lors du passage d’Uranus sur son ascendant au double carré de l’opposition Soleil Mars natale.
Son père, ingénieur électricien à l’esprit rationnel et scientifique, incarne la rigueur et la sincérité symbolisées par la conjonction Saturne Mercure en Capricorne. Il s’est engagé dans l’histoire de son peuple et a épousé sa cause « le sionisme », à dessein de lui donner une terre, mais celle-ci l’ensevelira comme pour le garder éternellement en son corps. Il disparaitra d’une mort violente lors d’une mission en 1936. De ce père, il ne restera à Myriam que son image et sa fine écriture sur une carte postale, une écriture très belle, très fine et très lisible, confie-t-elle.

La mère

La Lune, astre de la féminité, du rêve, de l’enfance, des sentiments se trouve en Cancer, son signe de prédilection. Non loin, Jupiter s’exalte dans ce même signe. Cette association planétaire nous parle de sa mère, femme de caractère et dominatrice. Marquée dans sa chair par la mort violente de son mari, elle intégrera la force de Jupiter pour protéger sa fille.  Elle l’écartera de la vie politique de son pays et l’orientera vers la vie artistique. Dans cette volonté se déploie toute la gamme de cette Lune au sextil de Neptune, qui échappe à l’emprise d’une rationalité trop éprouvante, symbolisée par son opposition à Mercure Capricorne, en empruntant les sentiers de l’imaginaire de Neptune. Sa mère tiendra le rôle de guide par son aura jupitérienne et gérera une grande partie de la carrière de sa fille, Myriam.

La femme

Cette conjonction Lune Jupiter Cancer, c’est aussi la femme désireuse d’affirmer haut et fort sa féminité en s’opposant s’il le faut à l’édifice du patriarcat qui culmine dans son thème par la présence impétueuse de Saturne. Ce combat, elle ne cessera de le mener y compris dans sa vie de couple lorsque son conjoint, le peintre Erro, tentera de l’étouffer, d’annihiler sa part créative pour n’accepter que sa part féminine en tant qu’objet. Dans cette lutte, Mars (astre de la guerre, de la force…) en Lion à l’opposition du Soleil Verseau marque cette forme d’agression, pour ne pas dire de castration.
La Lune Cancer nous parle aussi du sentiment maternel. Pour se sentir totalement artiste et femme, Myriam Bat-Yosef sera à tour mère. Comment aurait-il pu en être autrement ? Mai ce sera une mère uranienne, en rupture avec l’image de la maternité telle que la société patriarcale l’entend. Myriam sera à l’antipode de la possessivité et de cet état fusionnel qui caractérise souvent les relations mères-enfants. Elle tentera de donner très tôt à sa fille les clés de la liberté essentielle : la liberté intérieure. Pour ce faire, elle l’inscrira à l’une des écoles de Krishnamurti — personnage ô combien uranien ! — afin de lui donner une éducation qui ouvre et construit l’être, par opposition à l’éducation classique qui fabrique un sujet social uniquement dans le but de répondre aux exigences de la société. Par cette orientation, le feu prométhéen se transmettait.

Harmonie

Myriam appréhende la vie en sa totalité. Elle ne procède pas par fragmentation, par clivage. Elle intègre, elle mêle, mais sans pour autant dissoudre la part respective qui revient à chaque chose. C’est pour cela qu’elle adhérera à la philosophie taoïste qui perçoit l’univers à la fois comme un tout et comme un jeu d’énergie où la part masculine yang et la part féminine yin tiennent une fonction déterminante sans que l’une prenne le pas sur l’autre. Comme elle le déclare : l’art de vivre consiste à trouver l’équilibre entre les forces contraires.

La femme artiste

L’amplitude de l’expression artistique de Myriam : toiles, dessins, objets, performances… exprime ainsi son désir d’embrasser la totalité de la vie, de nous la restituer autre, tatouée de son regard et de sa sensibilité. Le trigone de Neptune à son ascendant Taureau et au sextil de la Lune ouvre sa perception sur un au-delà des apparences. Myriam va chercher dans cet ailleurs intérieur la clé d’une libération impulsée par Uranus. La féminité, l’érotisme, le foisonnement de symboles parsèment ses œuvres et jaillissent de cette matrice représentée par la maison IV dans le signe fertile du Cancer. Myriam accouche d’un monde énigmatique, percé en son centre, animé par un vide qui renvoie l’homme à son point d’origine et à la question : « Qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ? » La présence de Pluton, gardien des grands mystères, donne sa note de gravité et d’étrangeté à ses œuvres. Pluton par lequel se consument tous les bois de nos forêts imaginaires que la peur nous empêche d’explorer. Myriam nous invite à parcourir ces forêts inquiétantes parce qu’inconnues pour notre esprit trop conditionné et cerné de balises existentielles. Sa foudre uranienne fait sauter ces balises et ouvre l’être sur de nouvelles dimensions, mais à condition d’accepter de faire ce grand saut dans le « vide de notre intériorité » ; là où chuchote, parle, gronde, selon les circonstances cette bouche d’ombre dont parlait Hugo, symbolisée par Pluton.

Lilith

La Lune noire se trouve dans le signe du Verseau. Elle y affirme son besoin d’indépendance, de liberté absolue, mais qui devra être gagné par une lutte constante, parce qu’enfermée dans la maison XII, lieu obscur des incidences et des attentes, espace clos où la voix du silence résonne et vaticine. La Lune noire oscille entre présence et absence, et marquera la vie affective de Myriam par de nombreuses rencontres et de nombreux adieux. Elle lui imprimera aussi cette difficulté à être, à pouvoir trouver réellement sa place en ce bas monde sans pour autant le rejeter. Ainsi, la Lune noire au trigone de la Lune et à l’opposition de Neptune propulse Myriam vers cet « infracassable noyau de nuit » d’André Breton.

Lune et Lune noire : Myriam Bat-Yosef peintre-devineresse ou l’alternance claire-obscure d’une féminité bouleversée-bouleversante qui se donne et se ravise selon les incantations brûlantes d’un cri intérieur.

Fabrice Pascaud

Visite de l’atelier de Myriam Bat-Yosef

 

Par |2018-10-12T16:09:04+00:0013 mai 2018|Astrologie, Publications|2 Commentaires

À propos de l'auteur :

Astrologue et tarologue. 40 ans d’expérience. A été membre du comité de lecture de la revue « L’astrologue » fondée en 1968 par André Barbault. A exercé conjointement à son activé d’astrologue et de tarologue, le métier de journaliste durant 23 ans. Ses compétences ont été saluées par 4 étoiles dans le Guide de la voyance d’Anne Placier.

2 Comments

  1. Claudia 20 mai 2018 à 10 h 08 min - Répondre

    Merci pour cette belle analyse qui me fait découvrir une artiste. Quelle belle démarche artistique et intellectuelle ! Grâce à vos mots, votre regard et votre acuité, vous m’avez donné l’envie d’en savoir davantage.
    Lorsque j’étais venue vous consulter, j’avais été frappée par le nombre de livres d’art qui vous entourent. Vous m’aviez alors répondu que sans l’art, la poésie, la vie n’aurait pas de sens à vos yeux. Cette réponse m’avait beaucoup ému, touché.
    Je garde un grand souvenir de ma consultation avec vous. Vous m’avez dit des choses essentielles qui sur le moment ne m’avaient pas marqué. Ce n’est qu’après coup que j’ai réellement pris conscience de leur importance.
    Restez sur votre belle trajectoire, Fabrice, vous ne ressemblez pas aux autres. Je sais que ce n’est pas intentionnel de votre part mais ça compte.

    • Fabrice Pascaud 20 mai 2018 à 12 h 07 min - Répondre

      Merci beaucoup Claudia pour votre message qui me va droit au cœur. Oui, Myriam Bat-Yosef mériterait plus de lumière tant son œuvre échappe au temps car elle ne s’inscrit pas dans le jeu des circonstances.
      Je crains, hélas, que cette monographie ne soit plus disponible. L’éditeur ne la rééditera pas.
      Cette opposition Saturne Pluton dans l’axe FC MC a profondément marqué sa vie. J’ai pu en constater toute la portée lors de la réalisation de la monographie : que d’obstacles nous avons rencontrés jusqu’à la réalisation du DVD qui au final ne correspond pas à ce que nous avions décidé. J’ai pris la décision de publier cette étude astrale pour lui rendre à nouveau l’hommage qu’elle mérite tant.
      J’espère que de votre côté la vie vous offre ce qu’elle a de meilleur de plus beau.

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