Dans les mois qui viennent, il est à craindre que les médias, toujours avides de sensations fortes pour maintenir l’audimat, abondent en reportages portant sur le thème : Le calendrier maya et la fin du monde. Quel scoop !
Ça y est, une fois de plus, la fin du monde est annoncée, et cette date est fixée au 21 décembre 2012 ! Le catastrophisme ne manque pas de précision. Nous avons donc encore quelques mois pour nous y préparer et, sur ce point, les marchands de matériels de survie ne manquent pas à l’appel. Chacun y va de son ingéniosité pour sauver le peu d’humanité susceptible de survivre à ce cataclysme.

Sur quoi au juste s’appuie cette nouvelle théorie de l’Apocalypse ? Elle repose sur le fait que le calendrier maya, enfin décodé, s’arrête au 21 décembre 2012. Il n’en faut pas plus pour se convaincre que cette date butoir est annonciatrice d’une catastrophe que les Mayas auraient pressentie, voire calculée. Ainsi, devant l’ignorance du pourquoi de cet arrêt calendaire, les vieilles angoisses réapparaissent, la vision de la fin des temps resurgit des abîmes de notre inconscient hanté qu’il est par les pulsions de mort. Que de délectations pour ce cher Pluton ! Le 21 décembre, nous n’aurons même pas la possibilité d’ouvrir nos cadeaux de Noël, que le destin est cruel.
En tant qu’astrologue, je ne peux rester totalement indifférent à cette nouvelle vague déferlante apocalyptique. Si catastrophe il y a, les configurations célestes doivent être significatives en ce sens.

Ainsi, pour la date du 21 décembre 2012, que présentent les configurations ? Comme principales et fortes dissonances se dessinent une conjonction Lune Uranus carré Pluton, un carré Soleil Uranus auxquels s’ajoute l’opposition de la conjonction Vénus Mercure à Jupiter. Au vu de ces configurations, en aucun cas il n’est permis d’augurer une catastrophe à l’échelle planétaire qui aurait pour conséquence la fin du monde. Est-il utile de rappeler la grande inquiétude qu’avait suscitée l’éclipse d’août 1999 à laquelle avait grandement participé toute une cohorte de consœurs et confrères, chacun y allant de son tour de cuiller dans le chaudron de Hades ? À ce propos, et pour tenter d’apporter un éclairage sur le pourquoi de ces pulsions mortifères, revenons au mythe afin de mieux contempler le ciel et, de là, notre ciel intérieur avec plus de sérénité.

Ciel du 21/12/2012

Succinctement, que raconte le mythe ?

Lorsque les trois fils de Saturne : Jupiter, Neptune et Pluton se partagèrent l’univers, le ciel fut confié à Jupiter, l’océan à Neptune et le monde souterrain, le Tartare, à Pluton. Pluton devint ainsi le gardien du royaume des morts, du monde invisible renforcé par un casque en peau de chien que lui donnèrent les Cyclopes lors de la guerre contre les Titans. Ce casque lui conférant le don d’invisibilité exprime les multiples strates des forces obscures autrement dit des puissances de l’inconscient. Cette invisibilité pleinement assumée dans le mythe s’est matérialisée dans le champ du réel par une désincarnation du fait que les hommes ne vouèrent aucun culte à Pluton, allant jusqu’à user d’euphémisme lorsqu’ils devaient l’évoquer. Ce non-dit a engendré un renforcement du refoulé, par le déni de lui faire face dans le jeu sacré du rite qui a pour fonction de maintenir le lien entre l’en haut et l’en bas, c’est-à-dire harmoniser les puissances rationnelles et irrationnelles de la psyché. Par ce mécanisme de négation, les puissances de Thanatos gardèrent intact leur état primitif se mettant du coup en parfaite analogie avec le mythe de Pluton. De là, ces éruptions morbides, ces réactions destructrices incontrôlées, manifestations d’un irrationnel négatif car non intégré dans le champ du conscient, d’aucuns diraient non conscientisés. De là aussi, ces projections aveugles aux thèses apocalyptiques comme celle fixée au 21 décembre 2012.

Une brève historique

Tout commence par les Sumériens (- 4000 à – 1750 av J.C. environ) qui auraient découvert une hypothétique planète baptisée « Niribu », en orbite autour du soleil avec une révolution de 3 600 ans. Selon leurs calculs, cet astre devait entrer en collision avec la Terre en 2003, puis finalement 2012… La NASA est catégorique : il n’existe aucune planète cachée dans notre système solaire qui pourrait entrer en collision avec la Terre en 2012. Si cela avait été le cas, les astronomes auraient pu la suivre depuis plus de 10 ans et elle serait actuellement visible à l’œil nu. À ceci s’ajoute la fin prétendue de l’antique calendrier maya prévue pour le 21 décembre 2012. Ce calendrier, très complexe, ne s’interrompt pas le 21 décembre 2012, mais marque seulement le début d’un nouveau cycle, comme notre calendrier pour cette fin d’année 2012… De plus, aucune étude historique sérieuse n’indique que les Mayas aient prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012.

Une brève astronomique

Ces inquiétudes sur la fin du monde s’appuient également sur un agencement des planètes dans le système solaire. Le 21 décembre 2012 coïnciderait avec un alignement planétaire (la Terre, le Soleil et le centre galactique) exceptionnel, soi-disant. Là aussi, les scientifiques sont formels : aucun alignement planétaire n’a été calculé pour les prochaines décennies et la Terre ne passera pas par le plan galactique prétendu dangereux en 2012. Plus précisément, chaque année en décembre, la Terre et le Soleil s’alignent approximativement avec le centre de notre galaxie, la Voie lactée, sans qu’il y ait de conséquence notable.

Au-delà du grotesque de la chose, comment ne pas voir dans ce phénomène panique, le surgissement des forces obscures plutoniennes ? Ce besoin morbide qu’à l’homme de scénariser la disparition de sa propre espèce. Pluton vient frapper les trois coups en coulisse pour nous rappeler que tout est dans tout, que la grande épreuve et préparation à la vie inclue également celle de la mort ; restituant ainsi son sens initial au mot apocalypse qui est : révélation.

 

Du mythe à la réalité

Une sonde spatiale appelée New Horizon** devrait atteindre Pluton à l’été 2015 selon les estimations de la NASA. À cette période, Pluton sera à l’opposition de sa position en Cancer lors de sa découverte en 1930, c’est-à-dire à son demi-cycle. On m’objectera que Pluton était déjà entré dans le signe du Capricorne en 1762, alors pourquoi considérer l’année 1930 ? Parce qu’à cette date, l’homme l’a perçu, identifié, baptisé et n’oublions jamais que nommer, c’est insuffler la vie. De ce fait, Pluton entrait dans le champ du connu et prenait paradoxalement place dans le conscient collectif. Par conséquent, l’arrivée de la sonde New Horizon lors du demi-cycle créera une objectivation de Pluton par le fait que pour la première fois l’homme aura un contact réel, matériel avec cet astre symbolisant l’invisible, le mystère, l’insondable.

Pour conclure, dans cette sonde a été déposée une urne funéraire contenant les cendres de son découvreur : Clyde Tombaugh. Quelle belle manifestation de la puissance du mythe que cette offrande de l’homme faite au dieu du royaume des morts. Restituer à Pluton sous sa forme mortelle l’homme qui lui a en quelque sorte donné vie ici-bas. La permanence éphémère de l’être au-delà de sa forme charnelle trouve ici sa pleine et éternelle dimension.

 

Fabrice PASCAUD

** Une cinquième Lune de Pluton découverte. Lire l’article ici