Le 4 février dernier, Neptune est revenu aux sources, à la matrice océane, lieu de tous les mystères, de toutes les utopies, éventail magique fouettant l’air de l’eau. Alors, pour se mettre en harmonie, en résonnance avec cet événement cosmique, quoi de plus « intangible » que de dériver dans le pays des présages, des charmes et des sortilèges ? De frotter la patte du poulet sur la porte de l’antre du monde des mystères ? J’ai donc répondu à cet appel subtil et me suis rendu au musée de La Poste où se tient actuellement l’exposition : « Sorcières. Mythes et réalités ».

(Durant cette journée, la Lune communiait harmonieusement avec Neptune ; lové dans le hamac de dame Lune, je me laissais ainsi balloter par les flots de Neptune.)

Nous devons ce voyage à travers le temps et les âges à deux ethnologues Hugues Berton et Christelle Imbert passionnés par les cultures traditionnelles et les croyances. L’itinéraire se divise en quatre étapes (mais rien ne nous oblige à suivre la route indiquée. Au pays des sorcières, se perdre est de mise, c’est même vivement conseillé…) :

— L’imaginaire de la sorcellerie : retrace la relation de l’artiste à la sorcellerie et la manière dont celle-ci s’exprime, et en particulier par la peinture, le dessin…

— La sorcellerie au cinéma : le titre parle de lui-même. En plus de très belles affiches de cinéma, sont exposées des maquettes de décor de film du Faust de Murnau et le très beau « Méphistophélès » de Georges Méliès pour son film La damnation de Faust (Hadès se devait de nous honorer de sa présence invisible).


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— La chasse aux sorcières : là, c’est le retour à la dure réalité de l’histoire d’homme. Ici, sont instruits les procès, les condamnations et dressés les bûchers pour, au moins pire, exorciser, au pire, exterminer les adorateurs et adoratrices du diable. En ce lieu, le froid de la pâle raison m’a saisi. Cette pâle raison qui nous cache l’infini, comme le dit Rimbaud. Assassiner la parole magique, c’est tuer l’enfance du poète.

— Les pratiques magiques : le lieu où je me suis senti renaître ! De fascinants grimoires (non, ils ne livrent pas leurs secrets à l’œil de chair) que l’on feuillète sous les caresses de l’imaginaire ; des pierres de protections, voire l’inverse (eh oui ! il y a une dialectique dans la sorcellerie, ça n’est pas uniquement l’apanage de Hegel) ; des dagydes (poupées, statuettes) piquées de clous pour aimanter les amants en désamour ; des outils de la paysannerie détournés de leur fonction comme le joug de bœuf qui, placé au-dessus de la porte, repousse les mauvais sorts et le sorcier avec (Ceci n’est pas un joug de bœuf, aurait dit Magritte). Et, à la sortie de ce labyrinthe onirique, on est invité à prendre le thé chez Madame P.

Dame inquiétante qui vécu dans la Creuse au début du XXe siècle. Cette charmeuse dame pratiquait le nouage d’aiguillette (en sa présence, ces messieurs devaient se bien tenir et lui faire chapeau bas, je présume) et le désenvoûtement. Sa réputation fut grande et pour exercer son art — car c’en est un ! — elle fit fabriquer par des potiers ou des artisans locaux des terres cuites à l’effigie du Diable. Que de délectation, de ravissement à contempler le Diable droit dans les yeux et sous de multiples faciès. De toute beauté, parole de Plutonien !

Je stoppe ici le dévoilement de cet itinéraire barré d’un trèfle à cinq feuilles.

Ah ! une dernière chose (vous comprendrez pourquoi) : n’hésitez surtout pas à monter sur la balance pour comparer le poids de votre âme à celui de l’insoutenable légèreté de Lucifer.

Fabrice