La voyance sous le regard de l’astrologie

Voyance et astroloige

De quoi demain sera-t-il fait ?

Si le présent demeure notre point d’ancrage, celui à partir duquel tout s’envisage, se crée voire se défait, le futur n’a de cesse de nous questionner. Prévisions. Prédictions. Anticipations. Prospectives, etc. Autant de termes ayant chacun leurs valeurs intrinsèques mais qui finalement reposent sur une même interrogation : De quoi demain sera-t-il fait ? Pour tenter de répondre à cette sourde inquiétude devant l’inconnu, l’homme au fil des siècles a développé tout un champ de connaissances ésotériques (du grec esôtérikos de l’intérieur) : astrologie, géomancie, ornithomancie, hydromancie, chiromancie, aruspices, cartomancie, tarots… la liste est longue.

Au cœur de ces savoirs, de ces richesses inspirées, élaborés par le génie de l’homme, il en est une qui constitue la forme d’expression la plus pure pour ne pas dire la sève : la voyance. Le mot est lâché ! Tel un sésame, il ouvre toutes grandes les vannes des fantasmes les plus délirants, des confusions de toutes sortes, orchestrées par un mélange des genres associant le marabout au voyant et ce dernier à l’astrologue le tout savamment diffusés par les médias qui entremêlent la corde du fakir avec le serpent.

La voyance fascine, intrigue, dérange, inquiète, mais ne laisse pas indifférent. Peut-être qu’en chacun de nous sommeille l’impalpable présence de la pythie de Delphes dont les charmes envoûtants hantent nos nuits ?

Ce n’est pas en pleine lumière, c’est au bord de l’ombre que le rayon, en se diffractant, nous confie ses secrets, écrit Gaston Bachelard. N’est-ce pas la plus belle définition de la quête intérieure, aller au plus près de la part obscure pour y puiser la lumière ? La voyance — lorsqu’elle est pratiquée dans les règles de l’art, celle des trois « H » Hauteur – Humanité – Humilité, et prudence — relève de cette quête.

La voyance, d’où vient-elle ?

Est-ce un don ? Une grâce accordée par un principe supérieur ? Devient-on voyant au prix de pratiques rigoureuses et d’une autodiscipline intransigeante ? L’insondable, le mystère se dressent. Ma mère fut voyante et exerça cet art durant de nombreuses années. Elle vivait ce don — puisque c’est ainsi qu’elle le percevait — comme un véritable sacerdoce, et ce terme n’est pas exagéré. J’ai donc vécu quotidiennement la voyance, observé sa présence et les implications que cela sous-tend. Mais si je pouvais effectivement en voir les manifestations, les ressorts intérieurs quant à eux demeuraient mystérieux et inexplicables.

Comment alors parvenir à comprendre les mécanismes profonds qui animent la psyché d’un(e) voyant(e) ? Le thème astrologique offre cette possibilité car il représente le flash instantané de l’état du ciel qui s’imprime dans l’individu lors de sa naissance, autrement dit le lien entre le macrocosme et le microcosme. Le voyant n’est-il pas un canal au centre de cette dimension spatio-temporelle ? J’ai donc au fil de mes rencontres, de mes lectures, dressé et étudié les thèmes astrologiques de nombreux voyants (celui de ma mère marqua le point de départ de cette longue [en]quête extraordinaire) puis ceux de Mme Fraya, Belline, Didier Derlish, Mlle Lenormand, Yaguel Didier… ceci afin de comprendre au plus près cette troublante et merveilleuse faculté de lire les arcanes du futur.

Évidemment, le thème astral de Mme Fraya est différent de celui de Yaguel Didier. Des années les séparent, mais une trame les unit comme une filiation, une famille d’âme.

Thèmes spécifiques ?

Chaque voyant(e) a le thème astral qui correspond à l’état du ciel de sa naissance. Cependant, il n’y a pas de thèmes spécifiques, stéréotypes de voyant(e)s. D’aucuns rétorqueront qu’il n’y a pas d’études astrologiques possibles dans ce cas. Le ciel tombe à l’eau ! La chose est plus subtile. S’il n’y a pas de thèmes caractéristiques, l’astrologie en revanche offre un éventail symbolique précis qui aide à dégager un type de tempérament inclinant vers tel ou tel type de prédispositions. Le rôle de l’astrologue est de s’appuyer sur les « significateurs » zodiacaux et planétaires en analogie avec l’objet de l’étude lorsque les termes de celle-ci sont clairement posés. Conséquemment, pour l’étude du thème natal d’un(e) voyant(e), l’astrologue dispose d’un clavier symbolique suffisamment précis pour l’aider à apporter un éclairage sur le pourquoi de la présence de cette faculté. En effet, la question rarement posée est la suivante : pour quelle raison cette capacité se manifeste-t-elle spontanément pour ne pas dire (sur)naturellement chez certains sujets et non chez d’autres ?

Mon parcours, mes expériences personnelles m’ont amené à faire ce constat : la voyance se révèle fréquemment à la suite d’un choc émotionnel profond. Un peu comme une brèche qui s’ouvre dans l’être pour laisser filtrer cette lumière que l’on appelle voyance.

La voyance peut prendre différentes formes, l’expression artistique par exemple est un véhicule remarquable pour la voyance. À ce sujet, j’ai souvent noté des vocations artistiques contrariées chez de nombreux voyant(e)s. Comme si une énergie subtile propre à la voyance optait pour sa forme d’expression la plus pure. Formulé différemment, c’est le déplacement symbolique dans sa forme d’expression, comme l’a si bien explicité l’éminent astrologue André Barbault dans son ouvrage De la psychanalyse à l’astrologie. Editions du Seuil.

Cet aspect polymorphe de la voyance se rattache symboliquement en astrologie à la planète Neptune gouverneur du douzième signe du zodiaque Les Poissons. Cet astre symbolise l’impalpable, le mystère, les profondeurs océanes de la psyché. C’est le règne de la pensée magique, des énergies subtiles, de la poésie, de la communion des âmes, de la spiritualité voire de la religiosité ; n’oublions pas que le poisson était le signe de reconnaissance des apôtres. Ainsi, Neptune est à observer attentivement. Mais il n’y a pas que Neptune. Pluton, Lune, Uranus, les maisons IV, VIII et XII, les signes du Cancer, du Scorpion, des Poissons mais aussi de feu Bélier, Lion, Sagittaire… Bref, l’étude d’un thème réclame d’en analyser toutes les corrélations internes pour parvenir à faire entendre cette symphonie céleste intérieure propre à chaque personne, le La de sa présence au monde, pour rester dans le registre musical.

 

Fabrice Pascaud

 

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Commentaires : 13 commentaires

  1. Gin dit :

    Super article qui donne envie d’en savoir plus. Merci Fabrice.
    Je voudrais savoir où l’on peut se procurer vos publications svp.
    Merci.

  2. Marie-Anne dit :

    J’ai connu par le passé un astrologue qui pratiquait aussi la voyance. Ma mère le consultait également. Une belle composition ! Cette personne n’est plus de ce monde et je dois reconnaître, avec le recul, que ses prédictions/prévisions furent exactes dans la grande majorité. Ce sont des points de détails qui parfois n’y étaient pas, mais l’essentiel en revanche sonnait juste, s’avérait. N’est-ce pas cela le plus important ? Nous (les consultants) avons trop tendance à nous arrêter sur des détails, le temps, etc. et on s’y perd.
    Merci pour votre article

    • Fabrice dit :

      Merci de votre commentaire Marie-Anne,
      vous mettez le doigt sur un point important à savoir : comment le consultant perçoit les informations qu’on lui donne et comment les traduit-il dans sa propre réalité ? En fait, une consultation demande aussi de la part du consultant une implication, un effort d’élucidation si j’ose dire. Une consultation c’est avant tout un échange, une interaction entre deux énergies, deux sensibilités, etc. Il m’est arrivé d’avoir des consultants qui se murent, se fondent dans un mutisme total. Au bout d’un moment, je me vois contraint de leur demander pour quelle raison sont-ils venus me voir puisqu’ils n’ont apparemment (!) aucune question à poser ! Cette attitude place le praticien dans la position du devin, de celui qui sait tout, voit tout, de là tout est faussé.

  3. Stéphane R dit :

    Merci Fabrice pour cette superbe synthèse qui relie deux pratiques ayant leur propre particularisme.

    • Fabrice dit :

      Merci de ton message Stéphane.
      Particularisme qui ne doit les exclure l’une de l’autre. Après tout, comment s’est édifiée l’astrologie, si ce n’est par le fruit d’une perception d’une haute subtilité. Il y a eu certes l’observation, l’étude des corrélations entre le mouvement des astres et le ici-bas. Mais la source d’inspiration, ce qui a conduit l’homme à élaborer ce merveilleux système qu’est l’astrologie, c’est à mon sens, une capacité exceptionnelle à percevoir, ressentir ce lien qui noue relie à l’univers. C’est ça aussi la voyance.

  4. Jacqueline dit :

    Un grand merci Fabrice pour ce texte qui me parle beaucoup. Je vous admire de concilier les deux.
    Passionnée d’astrologie que je partage sur ma Page FB, et mon blog, il me manque cette intuition que vous partagez comme un Prince. Merci encore.

    • Fabrice dit :

      Jacqueline, je doute qu’il vous manque de l’intuition car nous en avons tous. C.G. Jung, et je ne vous apprends rien sur ce point, avait très bien mis en lumière les quatre fonctions tempéramentales : pensée, sensation, sentiment et intuition. Celles-ci varient dans le courant d’une vie et ce même nous inclinons davantage vers l’une des quatre. Reste bien sûr la voyance qui est la formulation supérieure de l’intuition. Si la première englobe la seconde, l’inverse est moins probable. Et fréquemment, on confond l’intuition et la voyance d’où les grands malentendus qui en découlent.
      Merci pour votre message

      • Jacqueline dit :

        Merci Fabrice pour votre réponse. Je vais y réfléchir. C’est vrai que si la Fonction Intuition de Jung est bien représentée par le Premier Quadrant, j’y ai 3 planètes …. mais Saturne en fait partie ! … à travailler encore et encore au niveau du manque de confiance en ses ressources !

  5. Caty dit :

    Quel bonheur de pouvoir relier les 2 pratiques .

  6. Sylvie P. dit :

    Merci Fabrice pour ce bel article écrit élégamment et très intéressnat. Je sais de par votre pratique, votre parcours que vous ne faites pas de clivage entre l’astrologie et la voyance, etc. C’est ce qui fait votre force et aussi la qualité de votre travail. J’apprécie votre ouverture d’esprit car ce n’est pas le cas ou si peu parmis les astrologues, trop sûr d’eux-mêmes et de leur savoir. Une sorte de « surmoi » qui les étouffe en somme.
    C’est toujour un plaisir de vous lire.
    Sincèrement

    • Fabrice dit :

      Merci Sylvie pour votre commentaire qui me touche beaucoup. Il faudra bien que les « continents » se rejoignent pour créer une harmonie et tracer les perspectives d’un nouveau monde. Le repli, la rétention du savoir conduisent inexorablement dans une impasse.

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