Fabrice, astrologue et tarologue de talent, est un homme généreux et apaisant. Son chemin de vie est étroitement lié à celui de sa mère, Lydia Pascaud, qui fut une voyante lumineuse dans les années 80.

Ensemble, ils ont écrit le livre « Confession d’une voyante ».

Un récit en forme de témoignage, dans lequel Lydia a déroulé le fil de son incroyable destin, avec rigueur et honnêteté. Après le départ de sa tendre mère vers l’autre monde, en 1995, Fabrice s’est démené pour publier ce livre inachevé. Il nous fait aujourd’hui le plaisir de parler de cet ouvrage important, de sa mère, de voyance, d’astrologie, de tarologie…

Fabrice nous invite avant tout à comprendre le mot « aimer ». Il nous livre avec émotion, des parcelles de ces deux destins qui se mêlent désormais, entre terre et ciel.

Votre mère, Lydia Pascaud, a écrit, avec votre concours, un livre sur son parcours de voyante, au début des années 90. Lydia a quitté notre monde en 1995. Vous avez mis un point d’orgue à publier ce livre très touchant, après son décès. Racontez-nous l’histoire de « Confession d’une voyante »…

Fabrice : Ma mère habitait non loin de la Closerie des Lilas, dans le VIe arrondissement, à Paris. Elle venait souvent dans ce café, après ses consultations. Un jour, nous étions là tous les deux, et elle m’a ainsi confié qu’elle souhaitait écrire un livre sur son itinéraire dans la voyance. Elle avait une réserve pour écrire un livre, alors je lui ai proposé de le faire à sa place. Je l’ai enregistrée, et elle a détricoté son existence, entre joie et émotion. Malheureusement, ma mère est tombée gravement malade. Elle a été atteinte d’un cancer des os. Lors de sa dernière hospitalisation, elle m’a demandé de terminer ce livre et de le publier. C’était important pour elle.

Quelques années après son départ, je suis tombé « par hasard » sur ce manuscrit. Je me suis alors souvenu du souhait de ma mère. Je suis parti à la recherche, non sans mal, d’un éditeur. J’ai écrit un épilogue à ce livre, pour expliquer que Lydia était partie, mais qu’il s’agissait bien de son témoignage. J’ai mis tout mon cœur et toute mon âme dans ce projet. Le livre « Confession d’une voyante » a vu le jour en 2001, aux éditions Presses de Valmy. Je l’ai fait rééditer par mes propres soins aux éditions Clair de Terre

Lydia voulait transmettre ce qu’elle avait vécu. Elle désirait que ses réflexions, ses expériences voyagent et interpellent autrui. Elle ne voulait surtout pas tomber dans l’écueil de tous ses livres de voyance qui sont bâtis sur de l’anecdotique. « Confession d’une voyante » est un livre profond. Il invite, à travers le parcours atypique d’une femme, à une réflexion spirituelle.

Extrait de « Confession d’une voyante » (Épilogue) : « Le 17 mars 1995, Lydia quittait son enveloppe terrestre pour entreprendre un nouveau voyage ; le voyage dans l’Autre-monde dont elle aimait tant parler.
Prononcer le mot “mort” dans son acception propre serait une injure à sa mémoire. Jamais un seul instant sa foi, sa volonté et son engagement dans la voie spirituelle n’ont failli. A-t-elle rejoint Mme Marcel, Joseph (dont j’appris la disparition peu de temps après) et tous les êtres qu’elle aimait ? Je ne sais et, pourtant, je ne puis en douter. Lors de la rédaction de ce livre, qui s’échelonna de 1990 à 1992, j’ai suivi Lydia au fil des mots, la laissant exprimer en toute liberté son expérience.
Son visage, les inflexions de sa voix traduisaient la portée et la profondeur de son ressenti, et si j’en retranscrivais les termes, l’essence même de la chose dite et vécue m’échappait totalement. “Tu dois vivre ta propre expérience”, se plaisait-elle à répéter à ceux qui lui demandaient un enseignement.
Il est vrai que rien ne remplace l’implication totale, et au contact de Lydia, on ressentait d’emblée l’authenticité et la force de cette implication… »

Lydia Pascaud a été une voyante talentueuse. Parlez-nous de votre mère, de son parcours, de ce qu’elle vous a transmis…

Fabrice : Ma mère avait ce don de voyance, dès son enfance. Elle n’en parlait pas, elle n’osait pas. Il faut dire qu’au sein de sa famille, ceci était tabou. De mon côté, j’ai été attiré très tôt par l’ésotérisme. Quand on allait dans les grands magasins, faire les courses, ma mère me laissait au rayon des livres et elle me retrouvait à chaque fois dans la partie ésotérisme. Quand elle a pris conscience de cet intérêt grandissant, elle s’est confiée à moi. Elle m’a révélé l’existence de ses clichés, de ses perceptions fulgurantes. Je lui ai dit : « mais tu as un don de voyance, il faudrait le mettre au service des autres, sinon il ne sert à rien ! » Quelque temps plus tard, je lui ai offert un jeu de tarots. Je ne savais pas que ces lames allaient changer sa vie à tout jamais. Elle a utilisé les tarots de manière intuitive (elle n’a jamais appris les techniques de taromancie).

Son sixième sens a alors littéralement explosé. Ce fut très rapide. Une porte s’était ouverte. En ce temps-là, ma mère travaillait dans le monde du cinéma. Elle a commencé à donner des consultations à ses collègues, à ses amis. Ensuite, elle a participé à différents salons de la voyance. Elle a notamment donné des consultations au salon organisé par le mage Dessuart, à l’Hôtel Lutétia à Paris, dès 1988. Elle a obtenu « la Coupe de la voyance » à cette manifestation très prisée. Ma mère a bénéficié d’une solide réputation, dès ses débuts. Elle s’est ensuite installée à son compte. Elle avait 42 ans. Tout est allé très vite, elle a eu une clientèle très importante. Ma mère avait des ressentis très forts et elle avait une particularité : elle voyait très loin dans le temps. Une de ses clientes m’a dit, après le départ de Lydia : « j’ai consulté Lydia et j’ai attendu dix ans avant de voir toutes ses prédictions se réaliser. Tous les événements se sont produits dans l’ordre donné par votre mère ».

Lydia était une femme attachée à de nombreuses valeurs. Comment envisageait-elle la pratique de la voyance ?

Fabrice : Ma mère vivait la voyance comme une grâce qui lui avait été donnée. Il fallait qu’elle respecte ce cadeau du ciel, jour après jour, avec constance et attention. De ce fait, elle avait une vie très ritualisée, très réglée.
Elle était aussi habitée par une Foi profonde. La voyance était bel et bien une mission. Elle était très spirituelle comme bon nombre de voyants et médiums. Ma mère avait un objectif : que le consultant reparte de chez elle, confiant, debout, et en paix avec lui-même. Elle apportait de la lumière et des énergies positives à ses semblables. C’est pour cela qu’elle était tant appréciée.

Extrait « Confession d’une voyante » : “La vision n’est plus alors un élément de repère d’une réalité vers une autre, mais de sa transmutation, devient l’élan qui propulse l’homme à la rencontre de lui-même.

C’est cette pépite, lien organique innervant toute vie mais hélas oublié dans un recoin clair-obscur, que j’essaie de donner à toute femme, tout homme, qui un jour, selon la loi de l’attraction occulte, vient à ma rencontre. Cet or, dont je crois avoir découvert le sentier, mais qui ne fait que cheminer en moi, brouille parfois l’orientation, me signifiant ainsi qu’il ne peut y avoir de repos que dans la réflexion et la vigilance.

Ainsi ‘voir au-delà de ce que l’œil voit’ — dans une perspective toujours plus lointaine dans la nature des êtres et des choses conduit à l’humilité, car l’infinitude de la vie qui s’étend à perte de vue renvoie la vision à ses propres limites”.

Vous êtes depuis une trentaine d’années, tarologue, astrologue à Paris. Vous avez, vous aussi, des ressentis très forts. Vous avez emprunté la même voie que Lydia…

Fabrice : J’ai commencé à m’intéresser aux tarots dès l’âge de 14 ans. Comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai offert son premier jeu de tarots à ma mère, ce qui a eu pour conséquence de faire jaillir son don.
Pour ma part, j’ai étudié la symbolique du tarot mais j’ai fonctionné très vite comme Lydia. J’ai en effet éveillé mon ressenti pour chaque lame. Quand on me demande si j’ai un don de voyance, je ne sais pas trop quoi répondre car la voyance n’est pas automatique ; elle ne fonctionne pas à la commande.

Quand Lydia est tombée très malade, j’ai assuré ses consultations durant son absence, dans son cabinet, à Port-Royal. Mes premières consultations, je les ai faites en voyance directe. Mais cela m’a énormément fatigué. Je m’en souviens encore, Lydia me disait à ce propos : “Ne travaille pas ainsi où tu vas tomber malade !”.
J’ai alors intégré le tarot rapidement. Ensuite, j’ai utilisé l’astrologie, une discipline que j’ai étudiée avec passion, durant mon adolescence. C’est ainsi que je me suis lancé à mon tour. J’ai pris le relais. Le passage d’initiation s’est réalisé dans la douceur.

Vous êtes un astrologue réputé. Que vous apporte cette discipline ?

Fabrice : J’aime la poésie. D’où mon intérêt pour cette discipline enchanteresse qui a traversé les siècles. L’astrologie est un langage symbolique, qui nous fait prendre conscience d’une réalité : nous sommes des enfants de l’univers. Nous avons tous, en nous, un théâtre mythologique, personnel et unique. Nous sommes dotés d’un mars, d’une Vénus, d’un Saturne… Ils nous relient à l’histoire de l’humanité.
Vous savez, j’ai mis l’astrologie à rude épreuve. J’étais sceptique au départ, je dois l’avouer. Et puis, j’étais un adolescent lors de mon “apprentissage” ! (rires) Mais je me suis vite rendu compte de sa fiabilité et de sa pertinence. L’astrologie est la seule discipline qui permet de voir le processus évolutif d’une personne dans le temps.
Au vu d’un thème, on peut dire à quelqu’un : “Quand vous aurez atteint tel âge, vous serez à une période charnière de votre vie”. L’astrologie donne des repères, des mesures, dans le temps, ce qui n’est pas évident avec la voyance. C’est aussi un art d’interprétation qui permet de situer une personne à l’instant présent. On peut analyser ses zones de tourments, ses questionnements, par le biais de la technique des transits. En mettant en lumière les raisons de telle situation, on écarte le fatalisme. Ce qui compte, c’est de savoir pourquoi on peut s’enfermer dans des schémas répétitifs, lors de son existence. Cette prise de conscience annule le fatalisme et le sentiment d’être victime d’une malédiction souvent traduite en ces termes : “Je suis né sous une mauvaise étoile”. Ce qui n’a aucun sens, personne n’est né sous une bonne ou une mauvaise étoile. Comprendre ces processus à caractère répétitif permet bien souvent de se libérer de certaines chaînes. L’astrologie est un outil d’une grande richesse.

Vous utilisez la tarologie et l’astrologie lors de vos consultations. Le mariage entre ces deux pratiques est-il harmonieux ? Comment se déroule une consultation avec vous ?

Fabrice : Au début, j’ai eu du mal à allier les deux car ces pratiques ne font pas appel aux mêmes mécanismes mentaux. L’astrologie renvoie à l’observation, à l’analyse. Le tarot invite quant à lui, au lâcher-prise et donc au ressenti. Après, avec le temps et l’exercice, l’accord a été parfait ! Avec le tarot — qui me permet d’aller là où il veut me conduire —, je suis dans de ce que j’appelle : “la perception intuitive”.
Pour une consultation, lors de la prise de rendez-vous, je demande la date, l’heure et le lieu de naissance, afin de dresser la carte du ciel du consultant. Puis, vient la rencontre avec le consultant. Les premières minutes, je prends contact avec la personne, je traite ses points forts et ses points faibles, puis je pars rapidement sur l’objet de ses préoccupations. L’objectif étant de répondre aux questions que l’on me pose, je ne suis pas là pour faire triompher l’astrologie ou le tarot. Les gens qui me connaissent bien savent qu’ils peuvent m’apporter des photos, car c’est un support qui me permet de travailler en voyance directe. La photo me “parle” souvent bien plus que la personne présente, assise en face de moi. La photo est neutre, et, donc, elle me donne quelque chose de plus pur dans la perception.

Les consultations varient entre 1 h 30 et deux heures. J’invite les personnes à enregistrer la consultation. Avec le recul, elles vont m’entendre, et elles vont s’entendre. Les périodes de silence durant une consultation sont également révélatrices, car très “parlantes…” Comme ma mère, j’aime voir mes consultants repartir de chez moi, la tête haute et confiante. Mais cela ne veut pas dire que je suis complaisant. Je suis d’une grande franchise, mais je fais montre de psychologie. Je suis d’ailleurs très sévère envers les voyants et médiums qui détruisent les gens, par le seul pouvoir de leurs paroles assassines…

Dans “Confession d’une voyante”, vous écrivez que depuis le départ de votre mère, vous êtes partagé entre deux dimensions. Une sensation connue par bon nombre d’orphelins… Est-il facile de vivre ainsi ?

Fabrice : Vous l’avez compris, j’étais très proche de ma mère. Et il y a eu ce moment de rupture où je me suis senti orphelin… une sensation que j’ai toujours en moi. Aujourd’hui, je ne sollicite pas le monde des défunts. Je veux conserver une vie “normale”. Chacun est à sa place, sur son propre plan d’évolution.
Je n’ai aucune envie de me couper de la réalité. Avoir les deux pieds ancrés dans la terre me permet de répondre à celles et ceux qui ont des questions très concrètes. Mais je l’avoue, cet autre monde est une présence très subtile dans ma vie. Nous vivons en parallèle. Je le sens au quotidien. Et, évidemment, il y a une forme d’étirement, dont je parle dans le livre. Mais finalement, n’est-ce pas le lot de toutes celles et de tous ceux qui ont perdu un être cher ?

L’important est de vivre en équilibre, je suis très concentré sur cette exigence. J’ai toujours en tête le fameux adage taoïste : “Quand un homme bancal veut adopter une attitude juste, il l’applique de façon bancale”.

Pour le site www.besoindesavoir.com (octobre 2011)