Deux mois avant sa dramatique disparition, la psychanalyste et philosophe, Anne Dufourmantelle, accordait le 15 mai 2017 au journal Libération une interview intitulée : « La perversion du langage empêche de sortir de la colère sociale. »
À la question : mais là, nous sommes passés dans la haine, au-delà de la colère ? Elle répond : la colère reste une pulsion de vie. Il s’agit pour un sujet de tenter de faire entendre quelque chose qui lui apparaît légitime. Elle est liée au manque de reconnaissance. Avant qu’il y ait réparation, il doit y avoir reconnaissance. Pour désarmer une colère, il faut d’abord prendre en compte d’où l’autre parle et reconnaître sa parole comme légitime, même si celle-ci est dans l’erreur. Tant que cette position n’est pas reconnue, il ne peut y avoir de dialogue et de résorption de la colère. Puis, plus loin : quelle est la limite de la colère ? Réponse : quand on ne parvient pas à sortir de la colère, elle peut se transformer en une pulsion de destruction, destruction de l’objet ou destruction d’autrui ou d’atteinte à sa propre intégrité physique. L’objet de la colère est alors vu comme menaçant la survie de l’individu ou du corps social. C’est la transformation de la colère en rage. Enfin : comment peut-on dépasser sa colère ? Elle précise : on en sort par le langage, le dialogue avec l’autre pour obtenir la reconnaissance de la légitimité de son point de vue. Et là, nous nous heurtons à une difficulté pratiquement insurmontable dans notre société, c’est la perversion du langage. C’est moins des expressions que le sens des mots qui est retourné ou dévoyé (…)
Paroles justes et touchant l’un des points névralgiques de la colère actuelle. Et lorsque celle-ci s’est inscrite dès le départ sous la rétrogradation de Mercure (astre de la communication, de la parole, de la pensée, du lien) qui, ô ironie, a débuté le 17 novembre, jour du démarrage du mouvement des gilets jaunes, l’incompréhension exerce ses pleins pouvoirs. (Le 6 décembre, Mercure redevient direct. Ce qui laisse augurer une reprise « des esprits » pour aboutir progressivement à un langage plus cohérent.)

Entre les gilets jaunes et le gouvernement, nous avons deux mondes, deux langages qui ne s’entendent pas. Le sens, la charge émotionnelle placée dans chaque mot n’a pas le même impact selon que l’on est, pour faire court, d’en bas ou d’en haut. Rupture nette et tranchée. Une assourdissante cacophonie en découle avec tous les dangers de dérives que cela sous-tend. On me rétorquera que les problèmes actuels ne sauraient être réduits au langage, mais relèvent d’une réalité sociale, économique, humaine… Remarque juste à laquelle j’adhère. Mais observer la problématique dans sa globalité est nécessaire si l’on veut garder une distance critique et, précisément, ne pas se laisser manipuler par les mots, les émotions, la force des images que les médias distillent en boucle conduisant à percevoir d’une façon manichéenne les motivations de ce mouvement. Comme le disait André Breton : Un mot tout est sauvé. Un mot tout est perdu.
Nous avons donc affaire à l’expression d’une colère collective qui naît d’une blessure profonde. Ce collectif, principalement rural, a le sentiment de ne plus exister, d’être invisible, laissé à l’abandon quand il n’est pas méprisé, humilié (pour preuve, les tags qui reprennent certains propos intolérables d’Emmanuel Macron). C’est précisément la pulsion de vie, dont parle Anne Dufourmantelle, qui se manifeste. Un appel d’air nécessaire qui se traduit par : Et l’humain dans tout ça, que devient-il ? Comment rester de marbre quand il s’agit de battements de cœur qui étouffent ?

Astrologiquement, que dire ? Me contenter de vous décrire la situation actuelle (3/12/2018) en pointant la conjonction Mars Neptune Poissons au carré de la conjonction Soleil Jupiter Sagittaire est certes pertinent. Le réel terrestre est en parfaite analogie avec les configurations célestes. Mars (colère) Neptune (collectif) Jupiter (pouvoir) Soleil (président de la République, pour ne pas dire le roi puisqu’Emmanuel Macron déclarait dans le journal Le monde de juillet 2015 : il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! Propos solaires et joviens s’il en est !) Autrement dit, le peuple fait barrage au roi et demande sa destitution.
Le carré Jupiter Neptune (qui va jouer durant toute l’année 2019) étant déjà à lui seul le symbole du débordement, de l’embrasement. À ces configurations s’ajoute le semi-carré Uranus Neptune qui fait blocage entre les forces néolibérales, individualistes (Uranus) et les forces collectives et humanistes (Neptune). Mais ce constat, chacun peut le faire à sa façon avec d’autres outils d’analyses. J’aimerais donc pousser plus avant la réflexion dans le document vidéo ci-dessous.

Fabrice Pascaud
3/12/2018

 

Cette vidéo dure 1h04′. Voici son étalonnage :

Cycle Jupiter Neptune : 0′ — 19’17 »
Ve République : 19’18 » — 26’21 »
Année 2022 : 26’22 » — 32’11 »
Europe : 32’12 » — 54’38 »
Année 2026 : 54’39 » — 1h04’11 »

je vous invite aussi à vous reporter à mon article daté du 23 janvier 2016  portant sur l’indice cyclique. Cliquez ici