Les 40 ans de L’astrologue

L'astrologue n°161 Spécial anniversaire

 

En 2008, la revue L’astrologue fêtait son 40e anniversaire. Pour marquer cette date, son directeur de publication, André Braire, m’avait demandé d’interviewer son fondateur et rédacteur en chef, André Barbault qui avait quitté ses fonctions en 2005.

Ces entretiens se sont déroulés fin 2007 sur trois jours durant lesquels André Barbault a relaté en détail et avec sincérité son passionnant parcours dans l’univers d’Uranie. C’est à une aventure vivante de l’astrologie qu’il nous invite.

Je vous livre ici quelques larges extraits de cette série d’entretiens. Se trouvaient à mes côtés : André Braire (directeur de la revue L’astrologue) et Paule Houdaille, astrologue.

Si vous désirez lire l’intégralité de cette interview, il suffit de commander le n° 161 (1er trimestre 2008) de la revue L’astrologue publiée aux Éditions Traditionnelles.

Fabrice

 

 

L’ENFANCE. LA DÉCOUVERTE DE L‘ASTROLOGIE.

 

Fabrice Pascaud : A quel âge et comment commencez-vous l’astrologie ?

André Barbault : j’ai 13 ans et tout juste mon certificat d’études, nous sommes en 1934, nous vivons dans l’Yonne, mon père est forgeron, ma brave mère est à la maison, j’ai deux frères aînés, Hubert et Armand, qui a 15 ans de plus que moi, que je vois toujours plongés dans les livres, l’un et l’autre versés en électricité pour devenir ingénieurs.

Armand, pour sa part, est plutôt un occultiste et s’intéresse à l’ésotérisme. Dans l’Yonne, à cette époque, il y a peu de techniciens en électricité, alors il travaille pour devenir ingénieur électricien, il construit lui-même un poste à galène et tous les notables du petit village où nous habitons sont venus à la maison le dimanche matin écouter la messe de Notre Dame de Paris, sur le poste que mon frère a construit.

Voilà mon environnement, mais je dois vous dire que j’ai déjà raconté tout cela dans le n° 68 de l’astrologue, lorsque j’ai voulu marquer mes « noces d’or » avec l’astrologie, c’était pour le quatrième trimestre 1984. Vous voyez 34-84.

 

F.P.: Quels sont les ouvrages, les auteurs en astrologie qui vous ont le plus aidé et marqué à vos débuts ?

A.B. : Après ces débuts pour le moins contrastés et hasardeux, je poursuis mes lectures la plupart du temps par le canal d’Armand ; j’aborde Muchery, Antarès — ah celui-là avec sa technique mécanisée et ses interprétations à l’emporte-pièce, quel vertige — puis défilent Janduz, Privat, Beer, Gouchon, Choisnard. Je lis, je dresse, je trace, j’emmagasine, et au milieu de cet enseignement disparate je retiens quelques leçons, de-ci de-là, et je suis fasciné par les prévisions qui emplissent les pages des magazines de l’époque. Le grand Nostradamus de Privat, le Chariot de Muchery et la revue Demain de Brahy en Belgique, ainsi que l’Almanach Chacornac qui paraît à Paris chaque année depuis 1931, avec des textes de Nitibus, Arista et Volguine. J’admire ces gens qui, jonglant avec les ingres, les éclipses semblent au fait de la finance, de la politique, de l’industrie…

 

F.P.: C’est en quelque sorte l’époque durant laquelle vous vous forgez vos propres armes, si je puis dire.

A.B. : Absolument et j’en reviens assez vite ! Je constate que tout ce petit monde des prévisions, prédictions et « prophéties » ne présente en fait rien de tangible sur les problèmes marquants. En effet, c’est le silence complet, le vide total quand il s’agit d’annoncer les évènements majeurs qui vont secouer le monde durant la troisième décennie de ce XXe siècle : que ce soit la grande dépression de 29, l’arrivée des nazis au pouvoir en 33, le Front populaire en France et la Guerre d’Espagne en 36, la guerre asiatique en 1937, sans oublier le tragique second conflit mondial qui éclate en 39. Au fur et à mesure que ces évènements surviennent, ma déception grandit vis-à-vis de tous ces gens que j’admirais ; mais ma passion pour la prévision n’en est pas altérée, et me pousse au contraire à chercher à comprendre pourquoi ils sont passés à côté. Ils n’ont pas compris, ils ne savaient rien ou pas grand-chose, et pourtant ça doit fonctionner, moi je vais chercher.

 

F.P.: Et par quel procédé, modalité allez-vous établir vos recherches ?

A.B. : Cela allait être l’établissement de corrélations entre les faits historiques et les cycles planétaires, domaine qui n’avait pas encore été exploré : la meilleure façon, pourtant, de se tenir en orbe au milieu de l’universel.

 

F.P. : Mais votre frère Armand a été en quelque sorte votre premier initiateur.

A.B. : je lui dois l’essentiel, il m’a mis sur la voie. Certes, j’ai appris en grande partie tout seul et par moi-même, mais les conversations et la correspondance que nous avons eues m’ont été très utiles. Plus j’étais insatisfait par l’astrologie des autres, plus je m’attachais à construire mon astrologie personnelle et à l’épreuve des balles. Comme je l’ai dit tout à l’heure, mes observations en astrologie individuelle, d’abord cantonnée à mon environnement proche, se trouvaient peu à peu enrichies de célébrités, et le 30 juin 1938, je commençais à remplir un épais cahier avec les thèmes de ces « très importantes personnalités ». Je mettais alors le doigt dans un engrenage sans fin ; le 6 novembre 1940, un autre cahier aussi volumineux titrait « dates de naissance » que j’allais ensuite m’appliquer à mettre à jour, et à ranger par catégorie : les hommes d’État, les politiques, les hommes de science, les écrivains… une quinzaine de cahiers allaient ainsi constituer bientôt ma base de travail.

 

 

 

LA PSYCHANALYSE

 

F.P.: Quand  découvrez-vous la psychanalyse ? A-t-elle infléchi votre pratique de l’astrologie ? A-t-elle été déterminante ?

A.B.: Je reviens à mon frère Armand, car à cette époque, à la fin des années 30, il compte beaucoup pour moi. C’est un neptunien, il lit beaucoup, c’est un guénonien d’esprit, avec une certaine rigueur dans ses recherches, mais il est plutôt attiré par l’occulte, le paranormal, la magie ; il travaille la chiromancie. À la maison, nous lisons « le crapouillot », et voilà que nous recevons un numéro consacré à la sexualité. Son auteur est René Allendy ; ce n’est pas n’importe qui, il est docteur en médecine et l’un des deux fondateurs de la société de psychanalyse de Paris, et je connais son nom car il se distingue aussi dans le milieu astrologique.

 

F.P.: Quel regard portait votre frère Armand sur la psychanalyse car je crois que, sur ce plan, vous n’étiez pas sur la même longueur d’onde.

A.B. : Pour mon frère la psychanalyse c’est un peu le démon, c’est Satan, pour moi au contraire, avec mon côté uranien, c’est une découverte. Étouffant ses préjugés personnels, mon frère me procure « Introduction à la psychanalyse » de Freud, un gros pavé que j’ai d’abord du mal à lire. J’ai bien étoffé ma culture générale, après mon certificat d’études primaires, en travaillant seul et en me frottant à des niveaux de disciplines plus élevées, algèbre, géométrie… mais je dois accomplir un effort pour entrer dans cet important ouvrage.

 

F.P.: Que vous apporte cette lecture sur le plan astrologique ?

A.B. : Freud y traite le psychisme humain d’une manière qui correspond au langage astrologique ; langage analogique qui fait entrevoir qu’il existe quelque chose de commun entre ces deux domaines. C’est bien Freud qui a découvert les chemins de l’inconscient, ensuite, Jung ira plus loin, certes, mais Freud est à l’origine de l’exploration de notre nuit intérieure.

 

F.P: Avez-vous suivi une psychanalyse ?

A.B : Oui, j’en ai fait une avec Juliette Boutonnier Favèse, une grande dame de l’époque, professeur à la Sorbonne, qui introduisit la   psychanalyse à l’université.
C’est à mon frère que je dois d’avoir été introduit dans le cercle de Maryse Choisy. Femme remarquable, d’une culture considérable, elle tient salon, et fonde en 1945 la revue « Psychée », revue de psychanalyse à laquelle je participe en présentant le thème de Freud dans le numéro 107, un Spécial qui lui est consacré.

 

 André Barbault (2007)

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PERSONNALITÉS MARQUANTES

 

F.P: À ce propos, avez-vous rencontré des personnalités marquantes et sensibles à l’astrologie ?

A.B. : Dans son entourage, je fais la connaissance de gens brillants et passionnants. La revue de Maryse Choisy est une revue de culture générale, et elle reçoit des personnalités très variées, parmi lesquelles des religieux et des psychanalystes. (plongeant un peu dans ses souvenirs)… et je suis introduit là-dedans ! Un jour, j’ai conversé avec un prix Nobel de physique, Louis de Broglie ; et surtout, une autre fois, avec Pierre Teillard de Chardin, très intéressé par l’astrologie : « l’être humain qui naît est un instant-lieu d’univers qui s’harmonise », c’est le pressentiment qu’il avait de notre connaissance. La plupart des psychanalystes de l’époque, je les ai vus là, et j’ai eu de nombreux entretiens avec eux.

 

F.P.: Laforgue ?

A.B.: Laforgue, oui bien sûr, et bien d’autres. Malheureusement, pas Allendy décédé avant que je puisse le rencontrer. En revanche, j’ai fait la connaissance de sa veuve.

 

F.P.: Comment êtes-vous reçu et accepté en tant qu’astrologue dans ce milieu de culture scientifique ?

A.B.: Mais très bien, il faut dire que Laforgue et Allendy ont écrit ensemble un livre « La psychanalyse des névroses » dans lequel il y a un chapitre consacré au symbolisme qui fait la place au symbolisme astrologique lui-même, et de la meilleure façon. Ça vous dit quelque chose ? (Son regard nous balaie tous les trois) c’est René Allendy qui a rédigé cette partie. Le symbolisme, ah ! le symbolisme est irrationnel, c’est bon pour les cartes à jouer, ou n’importe quoi d’autre, mais c’est aussi, on le découvre alors, un langage universel, le langage maternel, celui de l’instinct. Pour répondre plus précisément à votre question Fabrice, j’ai écrit dans la revue « Psyché », je l’ai dit tout à l’heure, un article sur le thème de Freud, c’est pour dire qu’ils étaient ouverts. J’y évoque la thématique de l’Ascendant Scorpion et de Pluton au Descendant au regard de la sexualité au cœur de l’investigation freudienne, du complexe anal aussi, avec le coup de projecteur uranien de son esprit prométhéen, rendant l’inconscient à la conscience.

 

F.P.: Lorsque vous dites à propos du symbolisme « langage maternel, celui de l’instinct » pourriez-vous préciser davantage votre pensée ?

A.B. : Dès lors que ce n’est pas l’esprit, l’être pensant qui s’exprime, dans sa froide rationalité, le langage de l’être devient celui du cœur et de l’âme, comme de l’animal et de sa pulsion, et lui parle analogiquement par la voix du symbole.

 

 

L’ÉPOQUE, L’OUVERTURE

 

F.P. : À vous entendre, il est manifestement évident que vous avez connu une époque où l’ouverture d’esprit était grande, où il existait une sorte « d’interactivité » entre les disciplines. Le cloisonnement des genres, s’il existait alors, n’était certainement pas celui d’aujourd’hui. Comment expliquez-vous personnellement et d’un point de vue astrologique cette fermeture, cette incapacité à l’échange, ce corporatisme sclérosant qui caractérise notre époque actuelle ?

A.B. : (un instant songeur) Elle est abrupte cette question, dites-moi. Pourquoi, effectivement ? Il y avait, c’est vrai, une interdisciplinarité qui existait, elle était convenue. Je pourrais même vous montrer des documents où les astrologues étaient reçus par des astronomes. Ce qui est inimaginable de nos jours. (plongeant à nouveau dans ses pensées) Oui, pourquoi un tel enfermement des genres ? Il m’est difficile de pouvoir vous répondre…

 

F.P. : Mais sur le plan astrologique n’y a-t-il pas une configuration ou un cycle planétaire qui permettrait de donner une amorce de réponse ?

A.B. : C’est toujours facile de remonter le temps ainsi… Mais, bon, il y a eu la traversée avec Uranus et Neptune du signe du Capricorne. C’est un signe hivernal, de resserrement, de repli. Il y a deux siècles, lorsqu’il y a eu cette traversée, ce fut la grande époque de « la mécanique céleste » de Laplace qui conduisit au Positivisme. C’était un rationalisme, constructif mais qu’il fallait désosser pour avancer. Il est donc possible que le Positivisme corresponde au passage d’Uranus et Neptune dans le Capricorne. Si c’était vrai, leur retour en Capricorne de 1986 à 1998 a pu donner un coup de froid à l’échappée vers la grande aventure de l’esprit qu’ouvre Uranie. Si cela est, il devrait en être autrement avec Uranus, actuellement dans les Poissons et Neptune en Verseau. Par exemple, la génération des cosmonautes est née avec la présence d’Uranus en Poissons, c’est ma génération. Le surréalisme ! c’est aussi Uranus en Poissons. Qu’est-ce que le surréalisme ? Pour comprendre d’un point de vue symbolique, regardons le signe en face des Poissons : la Vierge. C’est la raison, l’ordre, la méticulosité, et Uranus en Poissons flanque tout ça par terre ! Pas de barrière. C’est l’intuition, l’inconscient, toute la dynamique du surréalisme est définie par la présence d’Uranus en Poissons. Alors, nous pouvons très bien avoir à l’avenir la renaissance d’un nouvel élan surréaliste avec cette nouvelle traversée actuelle d’Uranus en Poissons, mais pour cela il faudra attendre la fin de cette traversée actuelle d’Uranus en Poissons qui aura lieu en 2010 – 2011. On va vers l’infiniment grand, l’éclatement des frontières, l’interpénétration, davantage d’interdépendance universelle…

 

 

 

LE SURRÉALISME, LA POÉSIE ET L’ASTROLOGIE

 

F.P. : Justement, puisque vous faites allusion au surréalisme, vous avez été en relation avec les surréalistes et André Breton. Le surréalisme a-t-il eu une influence sur votre plan personnel ? Quels rapports entretenaient les surréalistes avec l’astrologie et, en particulier, André Breton ?

A.B. : Le surréalisme a eu peu d’influence sur moi. J’ai eu quelques échanges avec les surréalistes et Breton, mais pas beaucoup. Breton avait des connaissances sur l’astrologie. Il a peu parlé de l’astrologie, mais le peu qu’il en a dit témoigne d’un réel intérêt et d’une connaissance. Dans l’entourage de Breton, il y avait quelques « astrologisants » et Miro m’avait demandé son thème.

 

F.P. : Pierre Mabille

A.B. : Ah ! oui, Pierre Mabille. Je l’ai bien connu. Il était venu au congrès que j’avais organisé en 1953. Mabille était astrologue, bien sûr. C’était, je crois, le principal astrologue dans l’entourage d’André Breton. S’il y en a eu d’autres, je ne les ai pas connus ou ne m’en souviens plus. (Le regard rieur) Si vous le voulez, j’ai, par contre, une anecdote à vous raconter concernant Breton et l’astrologie.

 

F.P. : Je vous en prie…

A.B. : (sur un ton amusé) Il y a eu une petite étincelle, ça n’a pas beaucoup plu à André Breton. Je vous explique : le surréalisme, c’est une appartenance de soi libérée de tout, ennemie des tutelles et autres conditionnements, etc. En étudiant les grands cycles planétaires, je découvre ou crois découvrir, un cycle de l’évolution du surréalisme avec le cycle Saturne Pluton. Ce cycle démarre en 1914 et n’oublions pas que le surréalisme est précédé par le mouvement Dada. La conjonction Saturne Pluton, c’est la rencontre de deux planètes de mort. L’année de la déclaration de guerre de 1914, il y a eu deux conjonctions importantes : celle de Jupiter Uranus. Ce sont deux planètes chaudes, c’est la guerre éclair, en l’espace de deux mois et demi les Allemands traversent la moitié de la France, ils sont aux frontières. Ensuite, nous entrons dans la conjonction Saturne Pluton. C’est la rencontre de deux planètes froides, intériorisées, c’est la guerre des tranchées, les boyaux. Il y a de l’analité là-dedans, l’immobilité, la boue, les rats, l’enfer le plus effroyable que l’on puisse voir. Et Dada vient là-dessus. Dada, c’est une révolte. Une révolte majeure, radicale qui rejette tout ! Et le surréalisme prend la relève. Il est une positivité de ces tendances de départ. Et, d’après mes observations avec le sextile, le carré et le trigone ce cycle fonctionnait avec le surréalisme. Je l’ai donc fait savoir à Breton. Il n’a pas accepté l’idée que le surréalisme puisse s’inscrire dans un cycle planétaire. C’était du déterminisme à ses yeux et, ça, il le refusait. Il m’a donc fait savoir par personne interposée que ça ne lui plaisait pas. Ben oui, que voulez-vous, il y a peut-être un déterminisme de l’indéterminé, ou du refus de l’être, qui sait ?

 

F.P. : Excusez-moi, mais je regarde votre bibliothèque qui regorge de superbes livres d’astrologie, et je vois un magnifique livre de Max Jacob. Un livre d’art me semble-t-il.

A.B. : C’est un livre d’inspiration astrologique, une splendeur, il s’intitule « Dame des décans ». (Sur un ton admiratif) C’est de la poésie d’un cancérien, c’est prodigieux comme un rêve étoilée habité par des personnages.

 

F.P. : Léon-Paul Fargue a aussi écrit sur l’astrologie, qu’en pensez-vous ?

A.B. : Il est l’auteur du plus beau texte d’astrologie qui n’a jamais été écrit. Il a été reproduit dans le n° 105 de la revue L’Astrologue et s’intitule : « Une saison en astrologie. »

 

F.P. : L.P. Fargue a également écrit « Les quat’saisons » qui décrit les signes du zodiaque.

A.B. : Oui, c’est dans le même texte, mais la suite ne vaut pas cette lumineuse introduction.

 

 Lettre d’André Breton à André Barbault

 

LES COURANTS ASTROLOGIQUES.

 

F.P. : Vous avez eu des échanges avec Dane Rudhyar et Alexandre Ruperti, quels souvenirs en gardez-vous ?

A.B. : Des hommes magnifiques. Rudhyar est venu en France durant une saison autour de 1970. Nous l’avons reçu avec Jean Carteret, c’était l’époque du Centre International d’Astrologie. C’était un homme charmant, très cultivé. Moi je suis « un étroit », uniquement astrologue. Lui, est « un large », il était musicien, peintre, poète, l’astrologie ne représentait qu’une composante de sa vie, alors que j’y ai consacré toute ma vie. Rudhyar avait Mercure en Poissons, très prononcé, fait pour la grande évasion. En vaste ouverture, tout en étant curieusement fermé.

 

F.P. : Pourriez-vous préciser votre pensée ?

A.B. : Lorsque je lui ai parlé des statistiques de Gaucquelin, il m’a rétorqué : « Ça n’est pas de l’astrologie. » Et Gaucquelin, parce qu’il lui avait dit, m’a rapporté exactement la même chose. Mars est angulaire chez les grands sportifs et les militaires, Jupiter chez les chefs d’État, la Lune chez les poètes, Vénus chez les artistes, et, selon lui, ça n’est pas de l’astrologie, il y a de quoi éclater de rire ! Rudhyar ne voulait pas en entendre parler. Dès qu’il s’agissait de donner une densité à l’astrologie et de la hiérarchiser, ça ne lui plaisait pas du tout. À la fin de sa vie, dans le dernier numéro de L’Astrologue où il intervient peu avant sa mort, il me dit que l’astrologie n’a rien avoir avec la science, la connaissance, etc. Alors c’est quoi l’astrologie ? Finalement son système s’est évaporé dans une mystique galactique qui va bien au carré de son Mercure des Poissons à Pluton-Neptune au descendant.

 

JEAN CARTERET

 

F.P. : Jean Carteret. Pourriez-vous nous dresser un portrait de ce personnage qui a marqué le milieu astrologique.

A.B. : Carteret était habité par un feu intérieur, d’une très grande intensité. Il y a eu deux Carteret, en fait. Celui de la première époque  : le type même du feu, le Bélier, incandescent, il lui arrivait d’avoir des intuitions fulgurantes. Il était habité, c’était étonnant ! Puis, il y a le Carteret de la seconde époque : éteint (un instant hésitant) il était passé par une crise. D’un seul coup, il avait vieilli de trente ans. Ce personnage qui était intense, vif, flamboyant, était devenu lent, atone, éteint. Nombreux furent ceux qui ne connurent que le second.

 

F.B. : Qu’est-ce qui explique cette sorte de « rupture » ?

A.B. : Avec son Pluton à l’ascendant, Carteret était en proie à de profondes crises d’angoisse. Je pense qu’au bout d’un temps, son angoisse l’a submergé, écrasé. Moi, je l’ai connu tout de suite après la guerre. Le Bélier dans toute sa splendeur, on ne pouvait pas l’arrêter ! À l’époque, tous les samedis, je recevais mes amis dans mon petit appartement de la rue Mouffetard, c’est d’ailleurs là que nous avons écrit, lui et moi, la petite plaquette intitulée « Analogie de la dialectique Uranus Neptune ». On a réussi à sortir cette plaquette grâce à l’insistance d’une femme de nos amis qui, elle, le crayon en main, obligeait Carteret à ne pas sortir du sujet ! En effet, chaque samedi, Carteret arrivait avec quelque chose de nouveau, des réflexions, des bribes de théories et il n’était plus question d’Uranus et de Neptune. Alors, cette amie : « Jean ! Tu nous parleras de ça une autre fois, revenons-en à Uranus et Neptune ! » Ainsi, on a réussi à obtenir les quarante pages qui constituent cette plaquette, mais (levant les bras au ciel) ça a pris un temps fou ! Carteret était tout le temps en effervescence, sous une pression intérieure. Il était donc très « contagieux » pour les gens. Certains enregistraient ses interventions, quand on l’écoutait dans sa ferveur c’était étonnant, on était captivé. Puis, lorsqu’on le réécoutait sur l’enregistrement, on se disait : (baissant un peu le ton) « Il a dit ça ? Bof » Curieusement ça n’avait plus la même force ni le même intérêt.

 

F.P. : C’était une « présence » dans l’acception ésotérique, en somme

A.B. : Une présence animée par un souffle igné, oui. Vous savez, il adorait jongler avec l’analogie, le langage. Tenez, il me revient un souvenir, je peux vous le raconter ?

 

F.P. : Mais, bien volontiers !

A.B. : Un jour, nous étions dans un café. À la table voisine, une femme dit : « Il m’est arrivé une drôle d’histoire, j’ai eu un accident de voiture ». Carteret l’entend, l’interrompt et lui demande s’il peut se mêler à la conversation, cette femme n’y voit aucun inconvénient. Et là, Carteret commence à lui raconter point par point le déroulement de son accident : « Ce n’est pas vous qui conduisiez… » Bref, je ne me souviens plus, mais il lui décrit toutes les circonstances de l’accident. Il fait une reconstitution symbolique de l’accident ! La femme était épatée, vous imaginez. Une autre fois, nous étions invités ensemble chez une femme. Nous entrons pour la première fois dans le salon de cette dame et Carteret lui dit : « Vous avez eu telle et telle chose. Là se trouvait ceci ou cela… » Il fait une sorte de voyance tout en expliquant analogiquement le pourquoi de ses dires. (Sur un ton plein d’affection et nostalgique) C’était Carteret…

 

Jean Carteret

 

ÉTHIQUE.

 

F.P. : Restons, si vous le voulez bien, dans le cadre de la consultation qui au fond est le grand rendez-vous de l’astrologue avec son savoir. Des personnalités, des hommes politiques consultent des astrologues. Lorsqu’un astrologue reçoit un homme politique — en exercice ou non — il lui donne donc des indications, lui prodiguent des conseils, quelle est, dans ce cas précis, la part de responsabilité morale de l’astrologue compte tenu des éventuelles implications que ses prévisions peuvent avoir sur le devenir collectif ?

A.B : Je ne pense pas qu’il y ait une grande différence d’avec le particulier. La responsabilité est la même. Du reste, je ne suis pas convaincu qu’un homme politique peut être influencé par une consultation astrologique. Moi, je n’ai pas eu beaucoup de cas de ce genre (se tournant vers sa bibliothèque) j’ai, tenez ici, une petite pièce qui m’a été offerte par un roi, un cadeau royal en fait. Bon, j’ai eu un premier ministre étranger, mais je n’ai jamais été le conseiller particulier d’un homme politique. Et je ne crois pas que les hommes politiques ont des conseillers astrologues. Par exemple en ce qui concerne Hitler, on a dit qu’il avait un astrologue, mais c’est totalement faux ! Hitler ne croyait pas en l’astrologie. On a raconté et on raconte encore beaucoup de sornettes à ce sujet.

 

F.P. : On a, par exemple, beaucoup parlé du cas Tessier et Mitterrand

A.B. : Mais enfin, c’est de la rigolade cette histoire.

 

Paule Houdaille : De Gaulle avait un astrologue

A.B. : (Appuyant ses paroles) Votre formulation est i-ne-xac-te ! Il y avait un militaire dans son entourage, se faisant appeler Régulus, qui pratiquait l’astrologie, mais De Gaule avait une grande distance vis-à-vis de l’astrologie. Tenez, j’ai eu un épisode particulier avec lui. J’avais comme cliente une femme qui était très proche du général, c’était en 1960. Cette femme avait une grande admiration pour De Gaule. Je lui avais donné un jour un article qui avait été publié dans la revue « Les cahiers astrologiques », toujours sur le cycle Soleil Jupiter, où je donnais, 18 mois à l’avance, la date de la fin de la guerre d’Algérie ; c’était un pronostic plutôt risqué. Elle a emporté le texte, l’a remis au président qui l’a lu en sa présence. Il n’a fait aucun commentaire. Pour rester dans le registre des personnalités qui consultent, c’est davantage dans le milieu littéraire, artistique, etc. Certes, je pourrai, de ma propre initiative, envoyer des informations à un homme d’État, mais ça n’est pas mon genre. Par exemple, je ne vois pas très bien l’intérêt d’envoyer un papier à l’actuel président de la République pour lui dire qu’en 2010, il va vivre un passage très critique.

 

F.P. : Et vos prévisions concernant la fin de la guerre d’Algérie se sont avérées ?

A.B. : Oui, j’avais développé le cheminement qui devait conduire aux accords d’Évian en mars 1962 à la suite de négociations avec le F.L.N. qui, alors, n’étais pas encore engagées. Cela a dû quelque peu l’interroger…

 

F.P. : Magnifique démonstration de ce que l’astrologie peut donner sur le plan prévisionnel !

André Braire : Absolument Fabrice et d’autant plus qu’a l’heure actuelle un courant astrologique réprouve pour ne pas dire condamne l’astrologie prévisionnelle ! Ce type de réussite devrait leur donner à réfléchir… 

 

de gauche à droite : André Braire, Paule Houdaille et André Barbault (2007)

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INTERNET

 

F.P. : Vous avez créé votre propre site internet[1] dans lequel vous mettez à disposition et gratuitement tout votre savoir. Pourquoi une telle initiative ?

A.B. : Pourquoi cette initiative ? Je me suis dit, le livre astrologique n’a plus d’avenir et je sens que j’ai encore des choses à dire ; eh bien ! j’ai jugé qu’il fallait en venir l’ordinateur. J’ai eu la chance qu’une amie Élisabeth Goarnisson ait pu créer mon site, et que José Gonzalez puis Marc Brun en assument la tenue. J’ai encore plein de sujets, j’en ai des piles ! J’ai commencé un grand dossier sur les catastrophes naturelles, je ne sais pas combien de temps ça va me prendre. Vous savez, il y a encore plein de sujets à traiter en astrologie, pleins ! Notre capital de savoir astrologique de par ce qui a été écrit est encore insuffisant. La domification par exemple, pourquoi se sert-on plus de l’une que de l’autre ? La rétrogradation ? La maîtrise, il faudrait reprendre ces sujets. Personne n’a vraiment approfondi ces choses-là. Mais pour cela, il faut traiter beaucoup de matière. Le seul maître que l’on a en astrologie c’est la carte du ciel, c’est elle qui doit nous apprendre quelque chose en la faisant parler.

 

F.P. : Une question que beaucoup de personnes doivent se poser : « Avant chaque événement important de votre vie, regardez-vous votre propre carte du ciel ? » 

A.B. : Je la regarde comme ça, pas tous les jours et pour chacune de mes actions. Je n’en suis pas tributaire. Disons, que je la regarde sans y être suspendu avec un recul souhaitable, mais on est son propre cobaye.

 

F.P. : Et pour vos proches ?

A.B. : (avec un petit sourire) ça par contre on me reproche de ne pas le faire assez. En ce qui me concerne, il m’est arrivé pour des interventions chirurgicales de choisir des dates où j’avais de bons transits, mais maintenant, ce n’est plus possible, on n’a plus le choix, les dates d’opération sont imposées. Un transit que je recommande particulièrement pour ce cas précis, et à condition que le Soleil qui transite ne soit pas dissonant, c’est le passage du Soleil sur Jupiter. Si Jupiter natal est dissonant, c’est gênant, si Jupiter est neutre et à plus forte raison s’il est bien, il est un très bon indice. Du moment que le Soleil qui transite ne relaye pas une dissonance, vous êtes sûr à 100 % que l’opération sera bonne. Pour ce qui est chirurgical, c’est la meilleure configuration. Jupiter c’est la vie, il est protecteur. Un transit du Soleil sur l’ascendant aussi est positif ou sur le milieu du ciel.

 

F.P. : Votre frère Armand dans son livre « Techniques de l’interprétation » dit que Saturne est la planète qui nous confronte au fatum, partagez-vous cette vision ?

A.B. : C’est sa vision. Mais ce n’est pas uniquement sa vision, c’est aussi une vue de saturnien sur la question. Dans la tradition, on assimile le fatum à Saturne, c’est comme l’inévitable du destin écrit. Mon frère avait Saturne au Milieu du ciel dans le signe des Poissons. Il devait forcément en ressentir le poids.

 

F.P. : Vous venez de commenter ma question, mais n’y avez pas répondu. Quelle est votre « vision » de Saturne ?

A.B. : Un astrologue met en relief tel facteur parce que celui-ci est en résonance avec son thème. Autrement dit, mon frère avait Saturne au milieu du ciel, il vivait donc sa condition saturnienne différemment de moi qui l’ai en conjonction des luminaires et de Jupiter. Au fond, son orientation vers l’alchimie est tout à fait significative de sa condition saturnienne, c’est une finale très saturnienne. Il n’est pas toujours facile de vivre avec un Saturne en maison X. Ça peut être l’identification avec l’échec, mais attention, c’est une formule d’amputation, il ne faut jamais oublier d’avoir une approche dialectique de Saturne. En maison X, c’est soit l’échec ou alors, comme pour Picasso, c’est la boulimie, le type qui est avalé par son œuvre. L’investigation freudienne m’a beaucoup apporté en la matière avec l’exploration de l’oralité. N’oubliez pas que Cronos avale ses propres enfants. Il faut en passer par Freud pour bien le saisir.

 

 

LA DOMINANTE…

 

F.P. : Vous accordez une grande importance à la dominante d’un thème, pourriez-vous nous expliquer en premier lieu ce qu’est la dominante et, ensuite, pourquoi est-elle si importante ?

A.B. : Horoscope, ça veut dire « Je regarde l’heure ». Une naissance c’est un croisement de lieu et de moment. C’est donc les positions de l’axe méridien et de l’axe horizon par rapport au reste du thème qui prévalent. Il ne faut donc pas s’étonner que l’angularité ait été de tout temps, depuis Ptolémée, la note majeure. Ainsi, une planète présente à un angle prend une place importante, surtout si, au surplus,  elle est en aspect avec l’autre angle. Une telle double valorisation la positionne comme signature astrale du sujet,  ce qui en fait son type planétaire. Et c’est le blason de la personne. Relisant récemment le double d’un thème fait en 1942, je me suis surpris de m’être offert une audace d’affinités éclectiques en final de texte : « Analogies talismaniques = porter une bague (Ascendant Gémeaux) en or, assortie d’un saphir (conjonction Mercure-Soleil en Sagittaire avec grand trigone de Jupiter). » Qui sait ?

 

 

 HÉRÉDITÉ.

 

F.P. : Existe-t-il une hérédité astrale ? Je veux dire, retrouve-t-on des configurations identiques dans des thèmes de parenté ?

A.B. : On le constate. Si l’on trouve dans votre thème une configuration que votre mère ou votre père ou l’un et l’autre ont, cette configuration prend du relief. Elle a plus de valeur, elle sort des rangs de la moyenne des autres configurations de votre thème. Il est bon de tenir compte de cet élément dans l’interprétation. Parce que c’est un phénomène de répétition.

 

F.P. : Mr Barbault ici s’achève la deuxième partie de notre interview. Mais avant de partir, puis-je vous demander une faveur ?

A.B. : Je vous écoute

 

F.P. : M’autorisez-vous à regarder le livre de Max Jacob « Dames des décans » ?

A.B. : Oh ! mais bien sûr, c’est une merveille.

 

 

 

 

 

 

 


[1] http://www.andrebarbault.com/

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Commentaires : 2 commentaires

  1. Ariane Vallet dit :

    Merci pour cette intéressante et touchante interview de notre astrologue tutélaire.

    • Fabrice dit :

      Merci Ariane. Savez-vous que l’on considère de nos jours l’astrologie d’André Barbault comme étant « démodée », voire archaïque ? Elle n’est pas suffisamment spirituelle selon certains astrologues qui se considèrent hautement qualifiés… Ce type de commentaire me désole, pour ne pas dire autre chose.

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