Lors de mes jeunes années d’apprentissage astrologique — mais nous restons d’éternels étudiants — je lisais tout ce qui me tombait sous la main comportant le mot « astrologie » en couverture. J’ai donc lu le meilleur, le moins bon et le pire. Mais même dans le meilleur, il m’arrivait fréquemment de rester sur ma faim. Ne serait-ce que concernant les aspects. En effet, dans la grande majorité les auteurs se contentaient de ranger le trigone et le sextile parmi les aspects « bénéfiques » et l’opposition et le carré parmi les aspects « maléfiques ». Outre le vocabulaire suspect, le trigone et le sextile étaient traités sur le même plan sans nuance aucune, et idem pour le carré et l’opposition. Mais alors, me disais-je, comment se fait-il qu’il y ait une distinction : trigone, carré, etc. ? De plus, comment un angle de 90° dont relève le carré peut être de même valeur que celui de 180° à savoir l’opposition ? Il y avait là quelque chose qui n’allait pas. Ces questions m’avaient conduit à des réflexions que je vais vous livrer. Ce texte s’adresse avant tout aux astrologues débutants car les astrologues confirmés se sont déjà interrogés sur ces points.

 

L’harmonie entre éléments

Mon propos ne portera que sur les aspects majeurs : Trigone, carré, sextile et opposition sans omettre la conjonction qui est le point de départ, l’œuf de tous les aspects.

Conjonction
Cet aspect est de 0° pour un zodiaque de 360°. Il fait intervenir des planètes se trouvant dans un même signe. Il est le démarrage de tous les aspects et par conséquent de tous les cycles. La conjonction n’est ni bonne ni mauvaise tout dépend des planètes qui se rencontrent du signe et de la maison.

Trigone
Cet aspect est de 120° pour un zodiaque qui fait 360°. Il fait intervenir des planètes en signe de feu, de terre, d’air ou d’eau en relation harmonieuse avec une autre planète placée dans un signe d’élément identique. La composante (température) étant la même à savoir chaude et sèche pour le feu — sèche et froide pour la Terre — chaude et humide pour l’air et froide et humide pour l’eau. Voir schéma.

 

Sextile
Cet aspect est de 60° pour un zodiaque de 360°. Il fait intervenir des signes d’éléments complémentaires, signes d’air avec signes de feu et signes d’eau avec signes de terre. La composante (température) étant pratiquement identique, à savoir Bélier (chaud et sec) et Gémeaux (chaud et humide). Taureau (sec et froid) et Cancer (froid et humide). Ce qui forme un hexagone entre les signes d’élément complémentaire ou de composante identique. (voir schéma).

 

Opposition
Cet aspect est de 180° pour un zodiaque de 360°. Il fait intervenir (oppose) deux signes d’éléments complémentaires et de température identique. Bélier (feu = chaud et sec) Balance (air = chaud et humide). Taureau (terre : sèche et froide) Scorpion (eau : froide et humide). Il engendre une tension, un divorce et, parfois, selon les planètes concernées une possibilité d’alternance, mais d’une stabilité toujours très fragile tendue à l’extrême. L’effet de balancier en somme.

 

Carré
Cet aspect est de 90° pour un zodiaque de 360°. Il fait intervenir des signes d’élément et de composante (température) incompatibles. C’est en quelque sorte l’envers du sextile. Bélier (feu : chaud) Cancer (eau : froide) Balance (air : chaud) Capricorne (terre : froid). Il engendre un frein, un blocage…

 

Il est très important de connaître la composante des éléments (température : chaud, froid, sec, humide) car cela vous aidera à mieux comprendre la nature des aspects et des planètes. À titre d’exemple, le cycle Saturne (froid et sec) Uranus (sec et chaud) sous lequel nous sommes par carré en 2021, fait intervenir le sec outre le fait que ces deux astres sont d’élément incompatible Saturne/Terre et Uranus/Feu. D’où la dureté, l’extrême tension qui règnent. Rien ne pousse, ne fleurit sous la sécheresse.

 

De la nature des aspects

Connaître chacun des aspects est une chose, mais cela ne donne pas la nature, la valeur intrinsèque de chacun d’eux. Comment considérer un carré ? Un trigone ? etc.

Pour répondre, reportons-nous à la Tradition et partons des deux luminaires Soleil et Lune. Pourquoi les luminaires ? Parce que ce sont eux qui distribuent la lumière, Soleil = lumière du jour et Lune = lumière de nuit. Reportons-nous au schéma ci-dessous.

 

En partant du Soleil/Lion (son domicile), on voit qu’il s’oppose Saturne/Verseau au même titre que la Lune/Cancer (son domicile) s’oppose à Saturne/Capricorne. Ce qui tend à conférer à l’opposition une valeur saturnienne. Ensuite, toujours en partant du Soleil/Lion, il adresse un sextile à Vénus/Balance au même titre que la Lune/Cancer adresse un sextile à Vénus/Taureau ce qui tend à conférer au sextile une valeur vénusienne. Puis, Soleil/Lion adresse un carré à Mars/Scorpion au même titre que Lune/Cancer adresse un carré à Mars/Bélier ce qui confère au carré une valeur martienne. Enfin, Soleil/Lion adresse un trigone à Jupiter/Sagittaire au même titre que Lune/Cancer adresse un trigone à Jupiter/Poissons ce qui confère au trigone une valeur jupitérienne. Mercure quant à lui ne reçoit pas d’aspect ce qui le renvoie à son caractère neutre, adaptable se fondant avec ce qu’il rencontre.

Avec ce schéma qui relève de la Tradition astrologique, nous avons donc là une idée claire, nette et précise de la valeur des aspects et de la manière de les appréhender dans l’interprétation d’un thème. Nous voyons pourquoi un carré ne peut être abordé de la même manière qu’une opposition.

 

La Tradition, d’accord, mais ensuite

Comme vous l’avez constaté dans ce schéma, les planètes transsaturniennes Uranus Neptune Pluton n’interviennent pas. Depuis leur découverte il y a eu une redistribution, Uranus a détrôné Saturne en Verseau, Neptune détrôné Jupiter en Poissons et Pluton détrôné Mars en Scorpion. Alors, me direz-vous ça flanque tout par terre. Non ! Cette structure des aspects constitue un socle sur lequel nous pouvons toujours nous appuyer.

Si la Tradition doit être étudiée, respectée, il ne faut pas pour autant se prosterner devant elle au point de nier la réalité du ciel qui est au-dessus de notre tête. Quand je vois encore certains confrères ne pas positionner Uranus Neptune et Pluton dans le thème natal, c’est une faute grave à mes yeux. La pandémie qui a démarré en 2020 n’est pas due symboliquement à la rencontre de Jupiter et Saturne fin Capricorne, mais bien à la présence de Pluton à charge mortifère de propagations sourdes et sournoises qui s’est ajoutée au cycle Jupiter Saturne ! Donc cette réorganisation des domiciles planétaires doit nous conduire à plus de doigté, de subtilité dans l’art de l’interprétation. À ce sujet, il me revient en mémoire mes débuts lorsque je suivais des cours, les aspects dissociés n’étaient pas pris en considération. Un aspect dissocié, c’est par exemple lorsqu’il y a la distance d’un trigone entre deux planètes, mais que celles-ci ne sont pas dans des signes d’éléments et de composantes compatibles. Par exemple, Soleil à 2° du Taureau et Jupiter à 26° du Lion, il y a l’écart angulaire d’un trigone avec l’orbe de tolérance, mais les planètes ne sont pas dans des signes de même élément et composante (Jupiter en signe de feu et Soleil en signe de terre), ce trigone est donc dit « dissocié ». Idem pour une planète située à 28° du Bélier et une autre à 5° du Taureau, il y a une conjonction mais dissociée. Au fil du temps, j’ai assoupli mon approche, me suis libéré de ce carcan et pris en considération les aspects dissociés tout en les considérant moins forts parce que « séparés » par une incompatibilité d’élément et de composante. Tout entre en interrelation dans l’art de l’interprétation, il ne s’agit pas de substituer l’un pour l’autre, mais plutôt d’arriver à une forme de synthèse, de dialectique lorsque ce n’est pas une multidialectique comme l’avait si justement dit André Breton. La Tradition ne saurait être une toile d’araignée dans laquelle nous tiendrions le rôle de la mouche.

Pour ma part — et à contrario de la Tradition dont la démonstration est d’une parfaite cohérence —, j’ai toujours considéré l’opposition comme de dynamique martienne et le carré de dynamique saturnienne.

L’opposition comme son nom l’indique c’est une force, un obstacle qui se dresse devant nous. Nous pouvons l’identifier pour l’affronter. C’est donc un face à face, un combat qui s’engage. Il y a donc là une idée de duel, de divorce. Et le duel est martien, il engage deux forces antagonistes, qui s’opposent.

Le carré quant à lui vient nous prendre de biais, il ne se dresse pas devant nous. Il demande à ce que l’on se repositionne pour pouvoir bien l’analyser. Il induit donc une idée de blocage, d’arrêt pour se réorganiser, restructurer s’il y a lieu, ce qui est de l’ordre de Saturne. Cette approche n’engage que moi, bien sûr, et ne remet nullement en question la parfaite cohérence et logique de la Tradition.

Mais à l’heure où je vois certains débats qui portent encore sur le thème : la maison IV est-elle la maison du père ou de la mère ? À notre époque de cellule mono parentale, de femme/mère célibataire, de développement de l’homoparentalité, cette question-là ne fait plus sens. Connaître et respecter la Tradition ne doit pas nous interdire de humer l’air de notre temps et de comprendre, par exemple, que l’homme du XXIe siècle ne vit plus son Saturne intérieur comme l’homme du XIXe voire du XVIIIe siècle. Ce n’est pas manquer d’égard, de respect à la Tradition, bien au contraire, c’est prendre en considération ce qu’elle nous a légué pour la faire évoluer.

Fabrice Pascaud